« Le jour du Jugement » ou comment comprendre ce qu’il se passe dans la nébuleuse anti-François (par Andrea Tornielli et Gianni Valente)

Deux journalistes italiens publient un livre qui permet de comprendre la communication de la nébuleuse anti-François. Depuis l’été 2018, l’ancien nonce apostolique aux USA, Mgr Viganò, a inondé les réseaux de communications au point de troubler et de diviser les catholiques entre eux.

Catholic Voices Suisse vous propose une interview d’Andrea Tornielli, vaticaniste chevronné de renommé mondiale.

– Andrea Tornielli, quel est le coeur des longues pages de Mgr Vigano ? quels sont les arguments contre le Pape ?

Mgr Viganò souligne qu’il y a eu des mauvaises évaluations et des erreurs dans la nomination du Cardinal McCarrick. Mais le noyau central est dirigé surtout contre le Pape François, avec une requête violente et très forte invitant à la démission du Pape. Un fait qui n’a pas de précédent dans l’histoire récente de l’Eglise.

En substance, Viganò accuse François d’avoir couvert McCarrick en ignorant son passé. La vérité des faits est tout autre: le Pape François est le premier Pape a avoir sanctionné lourdement le Cardinal, en étant même parvenu à lui retirer la pourpre cardinalice, une chose qui n’était pas arrivée depuis 91 ans dans l’histoire de l’Eglise ( ndlr: France, Cardinal François Veuillot par Pie XI, suite à l’Action française)

– Mais le Pape a-t-il répondu à ces accusations ? Durant la conférence de presse dans l’avion Irlande-Rome, il a sollicité le travail des journalistes, en affirmant que le « dossier » Vigano parlait de lui-même. Quels sont les points saillants de votre livre ?

Le Pape a répondu, en invitant les fidèles à prier Dieu contre l’action du diable qui veut diviser l’Eglise. Il a invité les journalistes à faire leur travail de recherche à partir des déclarations mêmes de Mgr Viganò.

Ainsi Gianni Valente et moi nous avons cherché à accomplir notre métier en reconstruisant l’histoire du Cardinal américain Mc Carrick. Ce qui ressort de notre enquête est précisément la reconstruction de ce qui s’est passé, soit la capacité de McCarrick à tromper Saint Jean-Paul II en démentant les accusations. Mais le cadre est aussi important, car nous avons décrit la galaxie politico-médiatique contre le Pape François.

Je ne veux pas faire la liste des réseaux ou des sites, des télévisions. Il suffit de constater qui a publié les pages de Mgr Viganò et l’a transformé dans une lutte pour un « impeachment » du souverain pontife. Il a des groupes puissants aux USA, des blogs et des journaux en Italie.

– Que se passe-t-il dans l’Eglise aux USA ?

Malheureusement, nous assistons à une sorte de mutation génétique. J’ai été frappé par le fait qu’après la sortie du dossier Viganò, 25 évêques américains se sont montrés solidaires envers lui, sans même dire une seule parole de proximité ou d’appui envers le Pape, le soumettant à des attaques sans précédents de la part d’un nonce émérite, un archevêque qui lui demande ni plus ni moins de démissionner, montrant du même coup son peu de connaissance du droit canon qui rappelle qu’il n’est pas possible de démettre un Pape. L’unique condition pour la renonciation valide d’un souverain pontife doit être la liberté, sans aucune pression ou contrainte.

Donc le seul fait d’exiger la démission du Pape est déjà un motif d’invalidité. Ce qu’il se passe dans l’Eglise des USA est un sérieux risque d’anéantir l’importance de l’unité avec le successeur de Pierre, lié au danger de confondre l’Eglise avec une corporation, une grande agence dont le Pape serait simplement le directeur général.

– Le Pape est un maître spirituel. Face aux accusations, il fait confiance au temps. La vérité se fait toujours avec le temps qui passe. François est quand même sur Twitter. Pourquoi n’explique-t-il pas les choses ?

Parce que quiconque à la vérité chevillée au coeur, en lisant Mgr Viganò, comprend aussitôt que l’accusation est totalement absurde. Le Pape ne dira rien nous plus, même pour montrer son innocence, comme pour transférer la responsabilité sur ces prédécesseurs.

– Avec le Pape Benoît XVI, les polémiques médiatiques étaient aussi assez fortes. La machine de communication du Saint-Siège n’en a pas pris de la graine ? Est-ce qu’il manque ou est-ce qu’il faut un « spin doctor »

Il n’y a ps besoin  d’un spin doctor. Durant le pontificat de Benoît XVI, il n’y avait pas une machine politico-médiatique aussi organisée en réesau pour diffuser massivement des « fake news », qui se dédie quotidiennement à la démolition du Magistère du Pape. Et ceci est un fait nouveau.

Propos recueillis et traduits par Catholic Voices Suisse

Andrea Tornielli et Gianni Valente, le Jour du Jugement, conflits, guerre de pouvoir, abus et scandales. Qu’est ce qu’il se passe dans l’Eglise. Piemme 2018 (anglais et français)

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