Le Synode sur les jeunes commence maintenant …. article de Marie-Lucile Kubacki (La Vie)

25 octobre 2018 : Le Synode des évêques dont le thème était : les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, se conclut par un pèlerinage sur la tombe de saint Pierre. Rome, Italie. October 25, 2018: Pilgrimage to the Tomb of St. Peter along the Via Francigena on the occasion of the XV Ordinary General Assembly of the Synod of Bishops. Rome, Italy.

Le synode des jeunes s’achève… et maintenant ?

 
	© M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC
© M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC

Samedi 27 octobre dans la soirée, Rome a publié le document final du synode sur les jeunes, la foi et les vocations. Et malgré ce que certains redoutaient, le texte propose des pistes concrètes pour les Églises locales.

Pendant un mois, bon nombre de journalistes présents à Rome pour le synode des jeunes avaient déjà en tête le titre de l’article bilan : « Un synode pour rien ». Il faut dire qu’au fil des conférences de presse se développait le spectre d’une absence de propositions pastorales fortes dans un contexte de crise majeure – révélation de scandales d’abus de grande ampleur et malaise croissant, suicides de prêtres à bout d’espérance et de forces. Tandis que les commentaires allaient bon train sur l’urgence d’une réforme, pour en finir d’un côté avec l’omerta ayant brisé tant de jeunes vies, et de l’autre avec une conception du ministère du prêtre couteau-suisse, le synode donnait l’impression de vivre replié sur lui-même, dans une certaine auto-référentialité.

De ce brouillard, filtraient parfois quelques flash lumineux, comme l’intervention de l’archevêque de Sydney, l’australien Anthony Fisher, ovationné après avoir demandé pardon aux jeunes pour tous les actes honteux commis par des prêtres et des membres de l’Église catholique, pour l’absence de réaction de l’institution, mais aussi pour toutes les fois où l’Église s’était montrée médiocre envers eux, échouant à annoncer la révolution de l’Évangile. Ou encore celle du cardinal Reinhard Marx, président de la conférence épiscopale allemande, tapant comme à son habitude du poing sur la table pour que des femmes soient nommées à des postes clés de l’Église. Ou encore celle d’un jeune irakien, Safa Al-Abbia, 26 ans, membre de l’Église chaldéenne, qui a suscité une intense émotion dans l’assemblée en décrivant le quotidien des habitants de la plaine de Ninive, sous la menace de Daech.

Mais l’impression dominait que face à l’extrême diversité des situations locales et des divergences de sensibilités, le synode accoucherait d’un document lisse, faible écho d’un plus petit dénominateur commun formulé dans la plus ecclésiale des langues de buis ou – pire ! – en langage pseudo-jeune. À titre d’exemple, un débat sur l’utilisation de l’acronyme LGBT pour parler d’accompagnement des personnes homosexuelles a suscité des réactions mitigées, certains Américains estimant qu’il n’était pas évangélique de s’adresser à une communauté définie par sa seule orientation sexuelle, certains Africains expliquant que dans le contexte de guerre qui est le leur l’homosexualité n’était pas une question pour les jeunes, d’autres n’ayant tout simplement jamais entendu ce terme de leur vie. La forme même du synode – une assemblée d’évêques où seuls les évêques ont le droit de vote, ainsi que quelques clercs, mais aucune femme – n’était pas non plus sans susciter quelques agacements.

Dessine-moi ton Église…

Pourtant, après publication samedi 27 octobre du document final, épais de 60 pages, force est de constater que, contre toute attente, « quelque chose » s’est passé. Non pas que des annonces fracassantes aient eu lieu. Il reste encore de gros points de blocage, comme l’accueil des personnes homosexuelles dans l’Église. Mais beaucoup de points se sont débloqués : la question des femmes, la coresponsabilité, ou encore l’éducation à la liberté intérieure, pour empêcher que l’accompagnement spirituel ne se transforme en direction spirituelle, ouvrant la porte à tous types d’abus de pouvoir. Ce changement a sans doute été permis par l’évolution de l’attitude du pape. Éprouvé par toute une série de scandales, François s’est montré réellement à l’écoute, davantage que durant le précédent synode, consacré à la famille. En interne, certains soulignent aussi le travail des secrétaires spéciaux, le jésuite Giacomo Costa et le salésien Rossano Sala, qui ont su exprimer le sentiment de l’assemblée et arrondir les angles sur les points de crispation qui risquaient de ne pas passer, donnant à tort l’image d’une assemblée divisée.

L’absence de la voix et du regard des femmes appauvrit le débat dans l’Église, soustrayant au discernement une contribution précieuse.

Alors, que s’est-il donc passé au cours de ce synode sur les jeunes, la foi et les vocations ? Ni plus ni moins que l’approfondissement théologique et pastoral du concile Vatican II. Avec un mot-clé : la synodalité. Un mot difficile parfois à appréhender, qui reçoit ici une définition imagée : « l’expérience de “marcher ensemble” en tant que peuple de Dieu ». Et des appels concrets : les pasteurs sont appelés à « accroître la collaboration en matière de témoignage et de mission », « sous la direction de l’Esprit », « avec la contribution de tous les membres de la communauté, et à partir de ceux qui sont aux marges ». Les leaders ecclésiaux dotés de ces capacités ont besoin « d’une formation spécifique en synodalité ». De ce point de vue, le synode envisage comme une piste prometteuse de « structurer des formations communes pour les jeunes laïcs, les jeunes religieux et les séminaristes, en particulier sur des questions telles que l’exercice de l’autorité ou le travail en équipe ».

Et de poursuivre la description de cette Église synodale souhaitée. Une Église où l’on part des charismes des personnes, et non plus une administration où l’on cherche à faire fonctionner les structures existantes coûte que coûte, en dépit de la diminution du nombre de catholiques pratiquants et de prêtres. Une Église où tous et les prêtres, en particuliers, prennent le temps d’écouter les autres pour pouvoir les accompagner, en respectant le rythme de chacun, à l’image de Jésus et ses disciples dans le récit de l’épisode d’Emmaüs. Dans cette optique, le synode pointe la nécessité de repenser concrètement le ministère de prêtre afin que, cessant d’épuiser leur énergie dans l’administratif, ils retrouvent du temps pour l’indispensable – ce qui implique de définir des priorités –, mais aussi celle de « préparer des hommes et des femmes consacrés et des laïcs qualifiés pour l’accompagnement des jeunes », en donnant une reconnaissance institutionnelle à ce rôle d’écoute – certains pères synodaux ont même parlé de la possibilité d’instaurer de nouveaux « ministères ».

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L’Église esquissée durant ce synode est, encore, une Église où les femmes sont davantage valorisées et reconnues : « Beaucoup de femmes jouent un rôle irremplaçable dans les communautés chrétiennes, mais dans de nombreux endroits, on peine à leur donner une place dans les processus décisionnels, même lorsqu’ils n’exigent pas de responsabilités ministérielles spécifiques, déplore le texte final. L’absence de la voix et du regard des femmes appauvrit le débat dans l’Église, soustrayant au discernement une contribution précieuse. » Un appel est lancé à « rendre tous plus conscients de l’urgence d’un changement inévitable, à partir d’un réflexion anthropologique et théologique sur la réciprocité entre hommes et femmes ». C’est une Église, enfin, où les jeunes sont co-responsables, acteurs et non pas objets passifs de réponses toutes faites. Et pour cela, le synode demande de rendre « effective et ordinaire » la participation active des jeunes dans les lieux de coresponsabilité des Églises particulières, ainsi que dans les organismes des Conférences épiscopales et de l’Église universelle.

Désormais, tout est dans les mains des Églises locales, et l’heureuse surprise du synode des jeunes restera lettre morte si celles-ci ne s’attellent pas rapidement à trouver des moyens de mettre en œuvre les orientations recommandées. Et ce, « en s’engageant dans des processus de discernement communautaire qui incluent également ceux qui ne sont pas évêques dans les délibérations, comme l’a fait ce synode ». Ce qui est demandé, ce n’est pas tant de réfléchir à la synodalité que de la vivre. À la suite de la Lettre du pape au peuple de Dieu, certains mouvements laïcs, comme les Scouts et guides de France ou la Conférences des baptisés, avaient appelé à un synode local ou des assises, sur ces questions de gouvernance et de co-responsabilité, impliquant des mouvements et des laïcs. Alors que les évêques doivent se réunir à Lourdes du 3 au 8 novembre pour leur assemblée d’automne, le synode des jeunes s’achève donc sur une grande attente, qu’il ne faudra surtout pas briser.

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